samedi 12 septembre 2015

Il faut tenter de vivre d'Eric Faye

Fasciné par la jeune femme qu'il a rencontrée dans une soirée, le narrateur raconte son histoire. Sandrine Broussard vit d’arnaques. Elle passe des annonces du type annonces matrimoniales. Quand les hommes sont « ferrés », elle leur annonce qu’elle va faire le voyage pour venir les rencontrer, mais au dernier moment, elle leur dit ne pas pouvoir se libérer. Amoureux et impatient, ils lui envoient des mandats avec la somme du voyage et insistent pour la décider à venir. Et elle disparaît avec l’argent sans laisser de traces et vit sous de fausses identités.
Le lecteur suit les pérégrinations de cette jeune fille, remonte dans son enfance, où l’on découvre une mère qui lui inflige une éducation extrêmement dure et humiliante. Sandrine broussard est  embauchée dans une maison close et  se fait par la suite prendre comme maîtresse, par un homme qui loue un appartement pour elle.
Après 10 ans de cavale sous de fausses identité, il y a prescription pour elle. Elle peut reprendre son identité. La cigale a fini sa mue.

C’est un roman très bien écrit, à la prose brillante, avec un climat emprunt d’émotions. On est touchés par Sandrine, qui est un peu perdue, mais attachante et si pleine de rêves et d'absolu. C'est une jeune fille presque ordinaire, jamais sûre de l'amour qu'on lui porte et le narrateur se pose en observateur, jamais en juge et si l'on peut se poser la question de l'autofiction comme point de vue, on se rend compte qu'au-delà du fait divers, Eric Faye lui offre les clés de la liberté !

Eric Faye est journaliste et écrivain. Il est l’auteur de nombreux romans et journaux de voyage. Il a obtenu en 2010 le Grand prix du roman de l’Académie française pour son roman Nagasaki.   Il a rédigé ce roman à Kyoto en éparpillant les pages autour de lui.


jeudi 23 juillet 2015

Macadam de Jean-Paul Didierlaurent

Voilà pour moi ce qu'est un petit bijou! Ce  recueil de nouvelles de Jean-Paul Didierlaurent  (publication septembre 2015), nous transporte dans de multiples univers, à tel point que je suis admirative de son imagination. Des sujets originaux, écrits avec finesse, drôlerie, subtilité...un régal!




Un prêtre qui joue à la Game Boy dans son confessionnal pour ne pas mourir d’ennui. Un vieillard qui en attendant de mourir assassine en douceur ses voisins de chambre dans sa maison de retraite. Un moustique écrasé sur une partition de corrida qui va causer un drame. Un fossoyeur qui enterre les aiguilles des deux clochers de son village pour mettre fin à un guerre de religion… Ce recueil de nouvelles de Jean-Paul Didierlaurent dévoile son univers personnel, entre humour noir doux- amer, tendresse et poésie.
La plupart de ses textes ont obtenu des prix dans différents concours littéraires. Pour un recueil intitulé Brumes il a reçu le Prix Hemingway en 2010 (éditions Au  Diable Vauvert).  Son premier roman « Le Liseur de 6h27″ paru en mai 2014 a connu un vif succès. Plusieurs fois primé, il est en cours de traduction dans 27 pays et d’adaptation au cinéma. 


jeudi 9 juillet 2015

Soumission de Michel Houellebecq


Ce livre a fait couler beaucoup d'encre, décrié par certains, adulé par d'autres.  On comprend pourquoi : il aborde un sujet sensible : le sujet religieux.  Et qui plus est, celui de l'Islam, au moment où l'islamisme fait des ravages. Mais ce livre n'est pas un pamphlet islamophobe. En dressant une hypothèse futuriste, Houellebecq se projette dans un futur proche, d'où mon classement dans la catégorie Science-Fiction. 
L'histoire se place dans la France de 2022.  François, un professeur de littérature parisien spécialiste de Huysmans, sent venir la fin de sa vie sexuelle et sentimentale, avec pour seule perspective la vacuité et la solitude. Aux prises avec les vicissitudes de l'existence qui se résume plutôt en considérations d'ordre sexuel,  entre Myriam sa maîtresse, dont il apprécie la sensualité, et ses étudiantes qu'il mène souvent au lit, il est totalement désabusé. L'environnement politique décrit des affrontements réguliers entre jeunes identitaires et jeunes salafistes.  Les médias, par crainte d'un embrasement généralisé,  ne relayent pas toutes les informations, le pays est au bord de la guerre civile. 
Les bouleversements politiques de l'élection présidentielle française de 2022 amènent au pouvoir un leader intelligent et charismatique d'un nouveau parti politique « La Fraternité musulmane ».  Mohammed Ben Abbes, président de ce nouveau parti, réussit, grâce au soutien de tous les anciens partis politiques traditionnels face au Front National  à être aisément élu.
 Parmi les changements notables découlant de cette élection, la France est pacifiée, le chômage chute, des universités sont privatisées et islamisées, les professeurs doivent être musulmans pour pouvoir enseigner, la polygamie est légalisée, les femmes n'ont plus le droit de travailler et doivent s'habiller d'une manière « non-désirable ». Le professeur semble se convaincre petit à petit qu'une conversion à l'islam par pragmatisme et opportunisme  (haut salaire  et  ne plus avoir à réfléchir : on applique la "loi" islamique sans se poser de questions)  lui permettrait de conserver un poste à l'université et de profiter du "confort" de la polygamie...
Ce que j'en pense :
Je suis partagée par cette lecture . Le machisme et le mépris total pour les femmes du narrateur me pose problème évidemment. Mais cette hypothèse de  fiction sur une société qui bascule si facilement vers une dictature est intéressante. Le personnage, après avoir refusé et résisté un moment va se rendre compte des privilèges auxquels il pourra accéder en acceptant de retravailler pour cette faculté devenue privée et Islamique.  Voici un roman dont l'intrigue ne laissera pas le lecteur indifférent. 

mardi 9 juin 2015

Open space de Mathilda May



Voilà une pièce absolument étonnante, où pas une seule parole n'est prononcée! Les comédiens imitent une langue, en mettant les intonations, sans jamais prononcer un mot.  Et pourtant le spectateur comprend la psychologie des personnages et se prend au jeu, pour partir dans de grands fou-rires! 
 Les bruits se juxtaposent, les mouvements s'enchaînent. La routine prend des allures de ballet magistral. Ils pourraient être les agents d'une compagnie d'assurance. Il y a celle qui boit en cachette, celui qui colle aux basques du patron, celui qu'on a mis au placard. Il y a celui qui s'endort, celle qui fait du bruit, l'autre qui s'en fout, et ceux-là qui s'aiment. Quelques humains ordinaires cohabitent une journée entière dans un Open Space, exploit surhumain.
Courrez-y et vous passerez une excellente soirée!
SPECTACLE VISUEL de et mise en scène de Mathilda May

Dans le jardin de l'ogre de Leïla Slimani

Adèle est malade...
Adèle est sexuellement compulsive. Sa vie est un désir insatiable de corps, une pulsion impossible à contenir, une détresse à ne pouvoir y mettre fin. Son besoin irrationnel d'amants de passage  entraîne mensonges et dissimulation. Son corps est un tyran insatisfait, en dépit de sa maigreur, de son tabagisme et sa honte.
Mais qui est Adèle? Froide et secrète, une femme qui oscille entre dépression et névroses, incapable de se satisfaire de sa vie de bourgeoise. Un personnage à la fois attachant et déroutant.  

Peu à peu la pathologie de la nymphomanie apparait, avec cette narration factuelle, glaçante, sans affect, aux mots crus mais jamais provocateurs. Leïla Slimani ne tombe pas dans le piège de la vulgarité ou de la moralisation. Elle décrit une addiction mortifère, incontrôlable et désespérante. Son écriture est fluide et directe, aérée de chapitres courts donnant rythme à ce beau portrait de femme luttant contre ses démons. Un premier roman réussi, dans un style cru, violent, désespéré sans concession, mais sans jugement, sans voyeurisme malsain. 

mardi 24 mars 2015

Côté jardin d'Alain Monnier



Attention coup de coeur !
La vie de Jacques est en train de s'écrouler. Son médecin vient de lui annoncer qu'il a une tumeur au cerveau. Il y a bien une intervention à tenter, mais 1 chance sur 5 pour qu'elle réussisse.  Il ne lui reste que quinze jours à vivre. Ses pensées vont vers la femme dont il est fou amoureux : Françoise qu'il ne veut pas perdre.  Il prend la décision de se faire opérer en espérant que la chance sera de son côté. Le matin de l'opération on lui injecte un tranquillisant et le professeur vient lui rendre visite. Il lui annonce une bonne nouvelle : il n'a pas de tumeur. Mais il fait venir le brancardier pour l'opérer malgré tout... Jacques  se retrouve tétraplégique, enfermé dans son propre corps.  Et c'est l'enfer pour lui à partir de ce moment. 

Cette histoire commence comme un roman social sur la maladie.  Jacques, désemparé devant cette affreuse nouvelle hésite et préfère rompre avec Françoise plutôt que de lui imposer son agonie. 
Et c'est ensuite que tout bascule et que le roman se transforme en terrible thriller. Car Jacques n'est pas cloué dans ce lit par hasard. Nous entendons la voix de ses visiteurs qui lui commentent tout ce qui se passe autour de lui. D'abord son médecin, puis ses amis, ses collèges, et même les autres patients. Et avec leurs paroles, très vite, on commence à sombrer dans la psychose. A voir l'horreur se déployer. A comprendre tous les indices qui avait été disséminés sous le nez de Jaques sans que ni lui ni nous ne nous en rendions compte et qui pourtant étaient tellement évidents. Et on comprend.
Et là où ce livre est génial, c'est qu'il ne s'arrête pas là. Car une fois que le mystère a été dévoilé, il est relancé: un autre que Jacques est menacé, sans s'en rendre compte, et personne ne peut le prévenir à part peut-être Jacques, l'impuissant auditeur. Jusqu'où cela va-t-il aller? Impossible de le prévoir, car jusqu'au bout, le roman déjoue nos hypothèses et nous retourne la situation encore et encore, jusqu'à une chute magistrale.

mercredi 4 mars 2015

FABRICE LUCHINI ET MOI

Une pièce que je recommande vivement!
Le sujet : Olivier Sauton, jeune homme rêvant de devenir comédien vedette, inculte mais non sans esprit, rencontre par hasard Fabrice Luchini, son idole. Il lui demande alors d’être son professeur. Celui-ci accepte, et, à travers trois leçons de théâtre, va surtout lui délivrer trois leçons de vie, et faire découvrir au jeune homme qu’au delà de la gloire et des femmes, il y a l’Art.
Les textes sont d'Olivier Sauton.
GRANDIOSE, une prouesse d'écriture et d'interprétation : le texte  est d'une précision chirurgicale, l'Esprit est là (finesse et rigueur comme son maître) avec quelque chose de plus qui laisse à penser que l'imitateur est le maître...... par qui la perfection est née! Olivier Sauton a un vrai talent, il est drôle et original. Un vrai régal! . Merci aussi pour "l'après-applaudissements" où Olivier Sauton explique que Fabrice Luchini était un jour dans la salle...